Inclusion et plaidoyer, retour d’une immersion inspirante dans l’univers de Caritas Espagne et de la Caritas diocésaine de Tenerife

23 January 2026

Retour d'expérience, par Laurence Huard, référente du RAEMH pour le Secours Catholique-Caritas France



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Secours Catholique - Caritas France


Début décembre, deux membres du Secours Catholique-Caritas France (SCCF), Aurélie Radisson, du département accueil chaleureux et droits des personnes en mobilité et Laurence Huard, référente du RAEMH pour le SCCF, sont allées à la rencontre de leurs homologues en Espagne dans le cadre d’un échange professionnel entre organisations membres du RAEMH. Sur une période d’une semaine, elles se sont rendues à Madrid, au siège de Caritas Espagne, puis à Ténérife, auprès de la Caritas diocésaine, pour découvrir leur travail sur les mobilités humaines.

 

Pour nous, cette mission de découverte avait vocation à comprendre quelle part a pris Caritas Espagne dans une vision humaniste et pragmatique sur la mobilité humaine, au cœur d’une Europe qui se replie sur elle-même. Depuis la France, l’Espagne fait figure de curiosité, en s’engageant dans un accueil volontariste des personnes en mobilité, alors qu’une multiplication de lois restreignant les voies de régularisation éclot dans bon nombre de pays.

Sommes-nous revenues de cette immersion avec des recettes magiques? Non bien sûr! Pourtant, nous avons pu faire le plein d’espérance et de fraternité!

En visitant plusieurs lieux d’accueil au cœur des communautés ecclésiales de bases engagées et ouvertes à tous, nous avons rêvé de portes ouvertes dans nos propres paroisses. Elles s’organisent là-bas dans les quartiers où vivent les communautés de personnes venues d’autres pays, parfois depuis quelques générations. Les activités permettent la rencontre de personnes qui ne se côtoieraient que sur les bancs des églises ou dans la rue sans vraiment faire connaissance. Cela ressemble fort à nos accueils collectifs, leurs “café-calor” sont le miroir de nos accueils café, thé, ou autre, fraternels. La convivialité créée par les bénévoles-paroissiens a le même sourire, la même poignée de main chaleureuse, que celle des bénévoles de nos délégations en France.

L’histoire des sept îles canariennes porte en elle celle de la mobilité humaine d’aujourd’hui, dans sa grande majorité issue de l'Amérique du Sud. Fut un temps où les Canariens émigraient vers les lointaines Amériques pour y trouver des espaces de vie favorables, alors que la péninsule hispanique était secouée par la violence, la famine. Puis, récemment, fuyant dictatures et effondrement économique, le chemin inverse s’est organisé. D’autres populations se sont glissées dans ce voyage. Même langue, même religion, ressemblance physique, mais l’inclusion réelle dans la société n’est pas évidente pour autant. La précarité touche de plein fouet ces voyageurs de l’autre continent. Ils forment aujourd’hui la communauté vivante des paroisses, et les bras laborieux de l’économie locale, appuyée sur le tourisme et la culture intensive de bananes.

Depuis quelques années, de nouvelles populations venues du continent africain arrivent par l’océan et s'échouent sur les côtes canariennes après un voyage violent et périlleux. Plus visibles, ces personnes exilées ne bénéficiant pas toujours du même accueil dans la population. La Caritas diocésaine de Ténérife s’organise pour inclure chacun dans ses projets: accompagnement vers l’emploi dans les ateliers d’insertion en permaculture, maison d’accueil des jeunes majeurs avec un groupe paroissial d’accompagnement vers l’autonomie, par la formation, l’apprentissage d’un métier et l’inclusion dans un quartier…

Moins reliés aux paroisses puisque souvent d’autres confessions, les personnes venues de pays d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb se retrouvent parfois isolées dans des bidonvilles, des squats, ou se réfugient dans les montagnes volcaniques. Des unités mobiles de Caritas partent à leur rencontre afin de les informer de leurs droits et des démarches qui leur permettront une régularisation. Ces travailleurs sociaux, éducateurs ou avocats, orientent vers les mairies, les centres de santé, ou autres. Les unités sillonnent les quartiers et les zones rurales parfois très éloignées.

Toutes les activités que nous avons approchées ressemblent à celles que les équipes du SCCF déploie dans sa lutte contre les discriminations et la précarité. Mais l’envergure des équipes est autre : avec 135 salariés, Caritas Ténérife peut se déployer largement grâce au soutien de nombreux bénévoles, dont la majorité sont des paroissiens.

La mission a aussi permis la constitution d’un groupe RAEMH-Caritas Espagne formé par plusieurs Caritas des diocèses de Barcelone, Huelva, Séville, Majorque, Tenerife et Grand Canaria, en lien et en soutien aux référents nationaux du RAEMH. Ces Caritas diocésaines basées dans différentes zones du pays soulignent l’importance d’un réseau qui porte les mêmes préoccupations d’inclusion, d’accueil et d’une narration juste et mesurée sur les mobilités humaines.

La grande différence entre le SCCF et Caritas Espagne sur le sujet de la mobilité humaine, est sans doute la force politique de l’Église et des diocèses en Espagne. La participation de Caritas Espagne à l’élaboration de la loi sur la migration du 20 mai 2025 est passée par sa capacité de dialogue avec les instances du gouvernement et l’écoute dont elle bénéficie dans la population espagnole. La conférence épiscopale d’Espagne porte un discours engagé, ouvertement accueillant à toute personne, et soutient la richesse d’un accueil des personnes venues d’ailleurs. Pour l'évêque de Tenerife, Mgr Eloy Alberto Santago de Ténérife, l'accueil des personnes en mobilité est une évidence, il s’inscrit dans notre ADN chrétien-catholique inspiré des évangiles.  Cela même nous éclaire sur la capacité de l’Eglise d’Espagne et donc des Caritas diocésaines et nationales en Espagne à insuffler un discours fraternel et positif, et à encourager l’accueil fraternel en faveur et avec les personnes venues d’ailleurs.

Un autre regard est possible, né de la rencontre et des réalités de l’enrichissement mutuelle que nous vivons tant personnellement qu’au niveau d’une nation. Cela s’inscrit dans nos valeurs les plus profondes.

 

Laurence Huard, référente du RAEMH.