À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, la Délégation Diocésaine des Migrations au Maroc souhaite porter un autre regard sur les personnes en mobilité: un regard qui ne s'arrête pas à leur situation présente, mais qui reconnaît aussi leur histoire, leur courage et leur capacité à reconstruire leur vie malgré les épreuves traversées. Derrière chaque visage se cache un parcours unique, marqué par des choix difficiles, des espoirs, mais aussi des épreuves dont nous ignorons souvent l'ampleur.
La DDM accueille des personnes venant de pays divers: Côte d’Ivoire, Soudan, Guinée Conakry, Mali… Ces personnes qui quittent leur pays le font pour des raisons multiples. Certaines fuient les conflits, les persécutions ou les violences qui menacent leur sécurité et celle de leurs proches. D'autres cherchent à échapper à des situations de grande précarité ou à reconstruire leur vie après des événements qui ont bouleversé leur avenir. Quelle que soit leur histoire, le chemin de l'exil est rarement un chemin facile. Une travailleuse de la DDM à Tanger a choisi de nous partager son témoignage.
La route migratoire, pouvant passer par le Nigeria, le Niger, Agadez, Arlit, l’Algérie, expose les personnes en mobilité à de nombreux dangers: “Le désert et le manque d’eau, c’est la mort, des gens se retrouvent déshydratés”. Tout au long de leur parcours, elles peuvent être confrontées à des violences physiques ou psychologiques “On tue les gens à la vue de tout le monde”, à l'exploitation, aux privations de nourriture ou de soins, ainsi qu'à l'insécurité permanente: “Les passeurs te prennent l’argent, et te laisse dans la forêt, tu te retrouves bloqué sans rien”. Les femmes sont particulièrement exposées aux violences sexistes et sexuelles. Beaucoup font également face à la xénophobie, aux discriminations ou à des traitements inéquitables en raison de leur origine.
Même lorsqu'elles parviennent à rejoindre un pays de transit ou d'accueil, les difficultés ne disparaissent pas. Il faut apprendre à vivre dans un nouvel environnement, comprendre de nouvelles habitudes, de nouveaux codes, parfois une nouvelle langue, et trouver sa place dans une société inconnue. L'accès au logement, au travail ou aux services essentiels peut s'avérer complexe ”Tu es bloquée, sans ressources, pas de travail, tu dors dans la forêt et tu dois mendier pour manger”. Certaines personnes se heurtent encore à des préjugés ou à des obstacles administratifs qui compliquent leur quotidien:“Même si ça s’améliore, il y a encore des discriminations au logement ou à l’embauche”. C’est dans ce cadre que la DDM essaye de les accompagner dans l’accès aux droits fondamentaux via une aide médicale, sociale et psychosociale.
Pourtant, ces parcours sont aussi marqués par des gestes de solidarité qui permettent de continuer à avancer. Au Maroc, de nombreuses personnes en mobilité témoignent de l'aide reçue de la part d'habitants, de voisins, d'associations ou de simples inconnus. Un repas partagé, un conseil, un hébergement temporaire ou une écoute attentive peuvent faire une différence considérable dans des moments de grande vulnérabilité. Ces actes rappellent l'importance de l'entraide et de la dignité humaine. L’action d’associations et d’institutions peut également permettre d’améliorer le quotidien de nombreuses personnes en mobilité: “Les régularisations exceptionnelles qui ont donné les cartes de séjour, l’accès à l’école pour les enfants de personnes en mobilité, un guide juridique gratuit fait par une association marocaine…”
À travers le travail quotidien à la Délégation Diocésaine des Migrations, nous rencontrons des femmes, des hommes et des enfants dont les parcours sont souvent méconnus. La Journée mondiale des réfugiés est l'occasion de rappeler une réalité souvent oubliée: Lorsque l’on croise une personne en mobilité ou réfugiée, on ne voit qu'un instant de son histoire.
Parce que derrière chaque personne en mobilité se trouve un parcours que nous ne voyons pas toujours, il est essentiel de continuer à défendre le respect, la solidarité et les droits fondamentaux pour toutes et tous.
Marie et Elouan, DDM Tanger