Dans un monde où la mobilité humaine est souvent marquée par la fuite des conflits et la recherche d’un avenir plus sûr, la paix devient une question cruciale pour les sociétés affectées par ces dynamiques. Chypre, carrefour de migrations et de tensions géopolitiques, a accueilli le programme PeaceMed, un projet géré par Caritas Italiana avec Rondine-Cittadella della Pace. Pendant trois jours, des acteurs engagés de différents pays méditerranéens ont échangé des idées, appris et réfléchi ensemble pour transformer les conflits et déconstruire la logique de l’ennemi.
Alors que la violence verbale, militaire, économique façonne trop souvent les relations internationales et les routes migratoires, elle demeure également le prisme à travers lequel les conflits sont affrontés, chacun cherchant à en tirer avantage pour son groupe. Pourtant, face à cette logique persistante, PeaceMed propose une alternative : former des bâtisseurs de paix capables d’agir au sein de leurs communautés et au-delà des frontières. C’est dans cet esprit que, du 24 au 26 mars 2025 , un groupe s'est réuni à Chypre pendant trois jours intenses de formation, de connaissance mutuelle et de questionnement. Porté par Caritas Italiana et accompagné par Rondine, Citadelle de la Paix, ce projet vise à apprendre à transformer les conflits et à déconstruire l’image de l’ennemi.
« Alors que la guerre ne fait que dévaster les communautés et l’environnement, sans offrir de solutions aux conflits, la diplomatie et les organisations internationales ont besoin d’un nouveau souffle et d’une nouvelle crédibilité. Les religions peuvent d’ailleurs puiser dans la spiritualité des peuples pour raviver le désir de fraternité et de justice, l’espoir de paix ». PeaceMed est une réponse à cet appel du Pape François, qui demande également de « désarmer les mots, désarmer les esprits et désarmer la Terre ».
Des representants des Caritas nationales et des organisations de la société civile de Tunisie, du Maroc, d’Egypte, d’Espagne, de Malte, de Grèce, de Chypre, de Turquie, du Liban, de Terre Sainte, de Syrie, de Jordanie, d’Irak, d’Iran, de Somalie, de Djibouti, de Mauritanie et, bien sûr, d’Italie, qui, avec Caritas Italiana (Acli était également présent), est le chef de file du projet, se sont réunies sur l’île méditerranéenne.
L’objectif de PeaceMed est de former les personnes actives au sein de Caritas et d’autres organisations à devenir des opérateurs et des travailleurs de la paix, capables de travailler en particulier avec les nouvelles générations. Un deuxième objectif est la création d’un groupe de travail permanent qui, après avoir été formé, sera en mesure de travailler ensemble au-delà des frontières de leur propre pays sur des projets de promotion de la paix et de la réconciliation avec les personnes blessées par la guerre et la violence.
Rondine–Citadelle de la Paix prend en charge la formation. La «méthode Rondine » envisage un chemin de transformation créative des conflits, visant à déconstruire la logique de l’« ennemi », et à traiter les conflits comme des opportunités génératrices plutôt que comme de simples problèmes à résoudre.
Les trois jours de formation ont consisté en une série de réunions pour mieux connaître les personnes et se familiariser avec les thèmes de la paix et de la réconciliation. Issus d’une culture commune – Caritas et organisations de la société civile – au-delà des différences nationales, ils ont contribué à développer un langage commun.
Les grands changements viennent de l’écoute, de la communication et des relations. Accepter ce qui vient, faire sa part. On a d’abord écouté les individus, leurs histoires. Apprendre à se mettre à la place des autres, à comprendre leur point de vue, aide à déconstruire l’idée de « l’ennemi » que les histoires personnelles et le contexte social imposent, et à transformer les énergies négatives en énergies positives.
La visite de Caritas Chypre, active dans les domaines de la promotion humaine, de l’intégration sociale et de la défense des droits, était le point central. Le bureau est situé à Nicosie, la capitale divisée par une frontière et entourée de murs vénitiens. Le groupe a été emmené à la frontière, dans la zone tampon de la « ligne verte », où les casques bleus de l’ONU ne se contentent pas de surveiller une frontière contestée, mais promeuvent, avec du personnel civil formé et motivé, des actions intercommunautaires et des lieux de rencontre entre les deux populations de l’île. C’est une réalité qui fait réfléchir et qui offre des perspectives et des idées. Le responsable des affaires civiles de la Force, dans le secteur tenu par les casques bleus britanniques, a un message fort pour tous : « Ne baissez pas les bras ».
Le chemin à parcourir est encore long et des sessions sont déjà organisées pour les prochaines réunions en ligne et en personne. Avant tout, personne ne s’entraîne pour lui-même, mais pour partager ses découvertes avec ses collègues et les gens de son pays.
PeaceMed (projet financé par le Ministère italien des Affaires étrangères), c’est la patience de la rencontre, le courage de se regarder dans les yeux et la confiance.
Paolo Valente,
Directeur adjoint de Caritas Italiana. Responsable de la communication