À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque année le 10 octobre, nous souhaitons rappeler l'importance de prendre soin d'un aspect essentiel mais souvent invisible de nos vies: le bien-être émotionnel. C'est une journée pour mettre en lumière la santé mentale et reconnaître les différents chemins et expériences qui nous font vivre des situations extrêmes et mettent notre esprit à rude épreuve. Certaines personnes se trouvent dans des situations de vulnérabilité, pour d'autres cela s’ajoute à de nombreuses épreuves liées au parcours migratoire, qui leur posent de plus en plus des soucis: l'incertitude, la peur, la distance, le déracinement, l'absence de droits, le manque d'opportunités et la difficulté à construire un projet de vie.
Dans ce sens, Cáritas Diocesana de Girona, membre du réseau Caritas Espagnepromeut le projet SENTIR, un espace d'accompagnement qui cherche à répondre au mal-être émotionnel de ceuxet cellesqui traversent des situations difficiles. Le programme ne fait pas de distinction entre les ressortissants nationaux (espagnol.e.s) et les personnes étrangères: toute personne en situation de vulnérabilité peut y accéder. Cependant, SENTIR consacre des espaces spécifiques à la population migrante, car ces processus vitaux s'accompagnent de difficultés émotionnelles supplémentaires - le déracinement, l'éloignement des êtres chers ou les barrières juridiques et culturelles - qui nécessitent un accompagnement particulier. En 2024, le projet a pris en charge 131 personnes, principalement des femmes, avec un profil mixte: environ 40 % étaient espagnols et 60 % des personnes ayant des projets migratoires.
Un projet né de l'écoute et de l'accompagnement
« Beaucoup de personnes qui viennent à Caritas arrivent avec un bagage invisible, chargé de pertes, de peurs et d'attentes qui ne sont pas toujours comblées », explique Paco Pardo, responsable du projet SENTIR. Ce bagage, ajoute-t-il, « pèse parfois si lourd qu'il se transforme en anxiété, en profonde tristesse ou en un ensemble de réactions émotionnelles et physiques provoquées par l'adversité et les difficultés du projet migratoire ».
Le programme SENTIR a été créé pour répondre à une réalité de plus en plus évidente: la santé mentale des personnes en situation de vulnérabilité, dont beaucoup sont des personnes en mobilité, est marquée par la précarité, le manque de droits fondamentaux et l'éloignement de leurs proches. « Si l'on ajoute à la dureté de la migration, les obstacles juridiques, l'accès limité au logement ou à l'emploi, et la pression des familles qui attendent de l'aide depuis le pays d'origine, l'impact sur le bien-être émotionnel est énorme », souligne M. Pardo.
Mercedes, une Cubaine qui a émigré en 2023, à l'âge de 61 ans, avec son mari, pour rejoindre sa fille à Olot, dans la province de Gérone, connaît bien cet impact. « Quand on est jeune, on se fait des projets d'avenir, on pense à travailler et à prendre une retraite tranquille dans son pays, avec sa culture. Mais à mon âge, j'ai dû repartir de zéro et cela a été très difficile », raconte-t-elle.
À Cuba, elle a laissé derrière elle une partie de sa vie et ses proches. « Même s'il existe les appels vidéo, on ne peut pas envoyer une étreinte, un baiser ou une caresse. Cela reste là-bas. Et ça fait mal. » Le déracinement, affirme-t-elle, pèse particulièrement lourd lorsqu'on émigre à un âge mûr. « Peut-être que cela n'est pas aussi difficile pour les jeunes, mais pour nous, cela a été angoissant. »
À son arrivée, Mercedes s'est rendue à Caritas. Elle y a trouvé de l'aide pour établir ses documents administratifs, mais aussi un espace émotionnel où partager ce qu'elle vivait. Elle a participé à des groupes de soutien aux personnes en mobilitédans le cadre du projet SENTIR: « Au début, j'avais l'impression que le monde s'écroulait autour de moi. Mais, quand on partage avec d'autres personnes qui ont vécu la même chose, on se sent plus fort. On se rend compte qu'on n'est pas seul et on apprend des outils pour aller de l'avant. »
Mercedes résume cela par une phrase que l'on dit dans son pays: « Il faut affronter la vie ». Et même si elle reconnaît qu'elle n'a pas encore tout à fait surmonté le déracinement, elle sent qu'elle a désormais la force d'aller de l'avant et d'aider d'autres personnes. « J'aime participer et raconter mes expériences, car je sais qu'elles peuvent être utiles à ceux qui viennent d'arriver ou qui sont perdus. Tout comme je m'appuie sur les autres, je peux être un soutien pour d'autres personnes. »
Un espace d'écoute et d'accompagnement
Le projet fonctionne comme un réseau d'accompagnement. Lorsque les différents services de Caritas détectent un malaise émotionnel ou psychologique, ils orientent la personne vers SENTIR. Un entretien individuel est alors organisé afin d'évaluer la situation et décider si le programme peut aider ou s'il est nécessaire d'orienter la personne vers des ressources spécialisées en santé mentale.
L'accompagnementdes 131 personnes en mobilité précitées se fait lors de sessions individuelles et, lorsque des expériences communes sont détectées, également dans le cadre de groupes de soutien. En outre, l'équipe organise des ateliers de psychoéducation ouverts à toute la communauté, allant des compétences sociales à la gestion de l'anxiété, en passant par la différence entre la tristesse et la dépression, avec un objectif clair: sensibiliser et normaliser les soins de santé mentale.
Une autre participante au projet SENTIR est Flor, une femme migrante dont l'histoire est marquée par la violence sexiste, une violence qui n'a pas laissé de traces physiques mais qui a causé de profonds dommages émotionnels. « Il n'y a jamais eu de coups physiques, mais il y avait de la violence psychologique, économique, par procuration... et tout cela me détruisait de l'intérieur », se souvient-elle.
Le fardeau était si lourd que sa santé s'est complètement effondrée: elle a cessé de dormir, ne mangeait presque plus et a commencé à souffrir de crises d'anxiété. « Je me sentais si mal que j'en suis venue à penser que j'étais responsable, que je le méritais. Il est très difficile de prouver un préjudice qui ne se voit pas. De plus, j'étais seule, sans famille à proximité vers qui me tourner. Je me disais: « Pourquoi leur en parlerais-je s'ils sont loin et que je ne veux pas les inquiéter? ».
À cette douleur s'ajoute son processus migratoire. « C'est très douloureux, on se demande si notre famille va nous oublier, on n'arrive pas à trouver notre place, on n'est ni d'ici ni de là-bas, on se sent dans les limbes ». Cependant, ses deux enfants, déjà très bien intégrés, sont devenus essentiels pour elle: « Les voir grandir et se sentir chez eux ici m'aide aussi à être plus présente ».
La santé mentale dans les situations de mobilité humaine
M. Pardo insiste sur le fait que les problèmes rencontrés par les personnes en situation de mobilité ont un poids spécifique sur leur santé émotionnelle. « Ce n'est pas la même chose pour un jeune garçon qui vient seul et pour une mère qui a laissé ses enfants dans son pays d'origine. Même s'il existe aujourd'hui les appels vidéo, ce n'est pas la même chose de voir son enfant sur un écran que de le serrer dans ses bras », souligne-t-il. La distance, associée à l'incertitude juridique et économique, génère un état de tension constant.
Le projet migratoire est plein d'attentes qui sont souvent contrariées par les barrières bureaucratiques. « Vous arrivez avec l'intention de travailler et d'envoyer de l'argent, mais vous vous rendez compte que vous n'avez ni papiers, ni logement décent, ni emploi stable. Cela affecte non seulement votre présent ici, mais aussi votre famille là-bas », explique-t-il.
Une équipe engagée et une vision commune
Le projet dispose d'une équipe technique composée de trois psychologues, Isabel, Anna et Sebastián, déployés dans différents territoires, Malgrat de Mar, Garrotxa, Palamós et Sant Feliu-Vall d'Aro, ainsi que de bénévoles spécialisés, comme Teresa, psychologue engagée depuis le début du programme. L'idée, explique M. Pardo, est de toujours pouvoir compter sur des personnes sensibles et formées à la santé mentale, capables d'accompagner avec délicatesse des processus complexes.
Caritas Espagne dispose également d'un groupe confédéral sur la santé mentale et émotionnelle, auquel participe Caritas Gérone. Cet espace est composé de psychologues, d'éducateurs et de travailleurs sociaux de différentes Caritas de toute l'Espagne, dont l'objectif est de mettre en évidence l'importance des facteurs émotionnels dans l'accompagnement social et de promouvoir une vision commune sur la manière d'aborder la santé mentale dans des contextes de vulnérabilité.
Prendre soin de la santé mentale, c’est aussi protéger la dignité humaine
À travers le projet SENTIR, Caritas Gérone rappelle que la santé mentale est une dimension essentielle de l’accompagnement social.
Elle ne se limite pas à soigner des blessures invisibles, mais vise à redonner confiance, sens et appartenance à ceux qui ont dû tout recommencer ailleurs.
En cette Journée mondiale de la santé mentale, rappelons que prendre soin de soi et des autres, c’est aussi construire des communautés plus humaines, plus solidaires et plus justes.
Derrière chaque parcours migratoire, il y a une histoire, une émotion et un besoin fondamental d’écoute.
Pour en savoir plus sur le projet SENTIR et les initiatives de Caritas en faveur de la santé mentale et de l’accompagnement des personnes en mobilité
Peña Monje,
Responsable de la communication
Service Communication, Sensibilisation et Relations extérieures
Caritas diocésaine de Huelva