La situation de la mobilité humaine dans le Nord du Mali : le rôle de l’or vers N-Tahaka et ses répercussions sur les orpailleurs et les personnes vulnérables

06 November 2025
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Caritas Mali


Dans le nord du Mali, la fermeture soudaine des sites aurifères de N-Tahaka, décidée par les autorités militaires en octobre 2025, a profondément bouleversé la vie de milliers de personnes. Privés de leurs moyens de subsistance, de jeunes orpailleurs venus du Mali et des pays voisins se retrouvent dans une grande détresse sociale et sanitaire. À Gao, la Maison du Migrant devient le dernier refuge pour ces hommes et femmes en mobilité, confrontés à une précarité extrême. À travers cette note, l’équipe de la Maison du Migrant de Gao analyse les répercussions sociales, sanitaires et humanitaires de cette mesure et appelle à une réponse coordonnée et durable.


Une décision brutale aux répercussions humaines majeures

Au cœur des vastes étendues désertiques du nord du Mali, une décision militaire a bouleversé le quotidien de milliers de personnes.
Le 12 octobre 2025, le commandement des opérations militaires de Gao a ordonné la fermeture immédiate des sites aurifères de N-Tahaka, dans le cercle de N’Tillit.
Du jour au lendemain, des centaines d’orpailleurs ont dû abandonner leurs outils, leurs rêves et leur unique source de revenus.

Cette décision s’inscrit dans un contexte d’insécurité croissante: affrontements entre groupes armés, rackets, enlèvements, règlements de comptes, mais aussi propagation d’épidémies dans des zones dépourvues de services de santé.
Face à cette dégradation, l’armée a tranché: tous les sites doivent être évacués pour rétablir l’ordre et sauver des vies.
Mais derrière cette mesure se dessine un drame humain dont les effets se font sentir dans tout le cercle de Gao.


Des personnes contraintes de quitter les sites: une jeunesse en détresse et un risque sanitaire accru

Les personnes contraintes de quitter N-Tahaka sont majoritairement de jeunes hommes et femmes en mobilité, originaires du Niger, du Burkina Faso, du Soudan, du Tchad, mais aussi de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Mali.
Âgées en moyenne de 26 ans, ces personnes cherchaient une vie meilleure et se retrouvent aujourd’hui dans une précarité extrême.

À la Maison du Migrant de Gao, le personnel soignant fait face chaque jour à des situations médicales alarmantes: panaris, paludisme, infections respiratoires… La situation est si préoccupante qu’une véritable alerte sanitaire a été déclenchée.

Le site de N-Tahaka a été le foyer d’une récente épidémie de SRAS en mars 2025, alertant le district sanitaire de Gao. C’est ainsi qu’il a été imposé à toute personne en provenance ou ayant séjourné dans la zone de subir des investigations cliniques et épidémiologiques approfondies.


La ruée vers l’or: entre espoirs et dangers

Depuis 2020, N-Tahaka est devenu un aimant économique majeur dans le nord-est du Mali. Cette « ruée vers l’or » attire chaque jour plusieurs centaines de personnes en parcours de mobilité, venues notamment du Niger et d’autres pays voisins.
La précarité économique dans leurs régions d’origine et l’espoir d’une fortune rapide les poussent à risquer leur vie dans des conditions extrêmes.

L’exploitation artisanale, non réglementée, s’est développée dans un vide administratif et sécuritaire, favorisant l’anarchie. Les risques sont multiples: effondrements des galeries, accidents mortels, violences intergroupes liées au contrôle des zones aurifères.
Ce contexte a provoqué une augmentation significative de la mortalité.

Face à cette situation, les forces de défense et de sécurité ont interdit la présence étrangère sur ces sites, mettant fin à une mobilité risquée et incontrôlée. Cette décision vise à protéger la stabilité locale, mais elle provoque une grave crise sociale pour les personnes en mobilité désormais privées de leurs moyens de subsistance.


Conséquences humaines et sociales: Gao sous pression

L’interdiction a jeté plus de 100 000 personnes en mobilité dans une précarité accrue à Gao et dans les environs. Cette population vulnérable, sans ressources alternatives, subit une double peine: marginalisation économique et érosion de la sécurité physique et sanitaire.
Cette situation exacerbe les tensions sociales entre populations autochtones et personnes en mobilité.

L’impact touche aussi des milliers de familles dépendantes des revenus tirés de l’orpaillage, créant un effet domino économique susceptible d’aggraver la pauvreté.

L’arrivée massive de personnes en parcours de mobilité, contraintes de quitter les sites, a provoqué une tension sécuritaire importante à Gao.
Les autorités ont renforcé les contrôles dans les principaux quartiers et gares routières (Sonef, Nour, Rimbo, Salim, Maiga Transport) pour prévenir tout risque d’infiltration d’individus armés dans un contexte déjà fragile.


Pression sur la Maison du Migrant de Gao et réponse humanitaire

La Caritas Mali/Mopti – Maison du Migrant de Gao est devenue un refuge vital pour les orpailleurs obligés de revenir à Gao.
Conçue pour accueillir une cinquantaine de personnes, elle dépasse désormais largement ses capacités. L’afflux quotidien met à rude épreuve ses ressources: surpopulation, consultations médicales ininterrompues, cuisine débordée, équipes épuisées.

À cela s’ajoutent des difficultés financières majeures: hausse des prix des denrées et du carburant, budget réduit…
Pourtant, la Maison du Migrant continue de répondre aux urgences, notamment pour les personnes les plus vulnérables qui n’ont même pas les moyens de regagner leur région d’origine.


Perspectives et pistes d’action

L’arrêt de l’exploitation aurifère à N-Tahaka a révélé la fragilité structurelle de la région face aux défis conjoints de la mobilité, de la sécurité et de la santé publique.
Pour éviter que cette crise ne s’aggrave, une approche coordonnée et durable s’impose:

-Renforcer le contrôle sanitaire et les capacités de prévention épidémiologique à Gao et dans les zones d’accueil;

-Développer des alternatives économiques pour les anciens orpailleurs, en créant des programmes d’emploi et de formation adaptés;

-Soutenir les structures d’accueil, notamment la Maison du Migrant, par des appuis matériels, logistiques et humains;

-Améliorer la coordination entre acteurs sécuritaires et humanitaires, afin d’assurer la protection des personnes vulnérables;

-Sensibiliser les populations aux dangers de l’exploitation artisanale illégale et promouvoir une gestion communautaire des ressources.

Sans ces efforts conjoints, la ruée vers l’or de N-Tahaka continuera d’alimenter instabilité, précarité et souffrance humaine dans une région déjà éprouvée.


  L’Equipe de la Maison du Migrant de Gao