Au Niger, les déplacements internes de populations sont devenus l’une des manifestations les plus visibles de la fragilité sécuritaire, sociale et environnementale du pays. Ce phénomène, en constante évolution, constitue non seulement une urgence humanitaire, mais aussi un facteur déterminant dans les dynamiques migratoires internes et internationales.
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Une crise de déplacement interne en forte croissance
Au 31 décembre 2025, le Niger comptait plus de 548 386 personnes déplacées internes (PDI) réparties dans 7 régions, 37 départements et 65 communes. Ces chiffres traduisent une augmentation de 18,04 % par rapport au premier trimestre de la même année, illustrant une aggravation de la situation. Les régions les plus touchées sont Tillabéri (45%) et Diffa (32%) suivies de Tahoua (12%).
Ces zones correspondent aux principaux foyers d’insécurité liés aux groupes armés et aux conflits communautaires.
Les causes profondes des déplacements
Les déplacements internes au Niger sont principalement provoqués par:
l’insécurité liée aux groupes armés non étatiques,
les conflits intercommunautaires,
les catastrophes naturelles, notamment les inondations,
la pression sur les ressources naturelles
Ces facteurs combinés créent un environnement où les populations sont contraintes de fuir pour survivre, souvent dans des conditions précaires.
Des populations vulnérables et majoritairement féminines
Les données révèlent que 54 % des PDI sont des femmes contre 46 % d’hommes. Cette féminisation du déplacement souligne des enjeux spécifiques: exposition accrue aux violences basées sur le genre, difficultés d’accès aux services de santé, responsabilité accrue dans la gestion des ménages déplacés.
Par ailleurs, la présence de personnes à besoins spécifiques (personnes âgées, handicapées, enfants non accompagnés) renforce la vulnérabilité globale de ces populations.
Du déplacement interne à la migration: une continuité souvent ignorée
Le déplacement interne constitue souvent la première étape d’un processus migratoire plus large.En effet:
Les PDI quittent d’abord leurs villages pour se réfugier dans des centres urbains ou des zones plus sûres (Niamey, Maradi, Dosso).
Face au manque d’opportunités économiques et à la saturation des zones d’accueil, certains poursuivent leur trajectoire vers d’autres pays.
Ainsi, le déplacement interne agit comme un facteur de pression migratoire, notamment vers les pays voisins (Nigeria, Libye, Algérie) ou les routes migratoires transsahariennes.
Les villes nigériennes: zones de transit migratoire
Des villes comme Niamey deviennent des espaces de transition où les déplacés internes cherchent à reconstruire leurs moyens de subsistance, mais aussi envisagent des stratégies migratoires.
Cette urbanisation forcée entraîne:
une pression sur les services sociaux (logement, santé, éducation),
une augmentation du chômage et de la précarité,
un risque accru de migration irrégulière.
La réponse de la CADEV: une approche intégrée et de proximité
Face à cette situation complexe, la CADEV (Caritas Développement Niger) se positionne comme un acteur clé dans l’accompagnement des personnes déplacées internes et des communautés hôtes. Son approche repose sur une combinaison d’actions humanitaires, de développement et de consolidation de la paix.
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1. Restaurer la dignité et la sécurité alimentaire – Projet PARCAN
À travers le projet PARCAN, la CADEV agit pour améliorer la nutrition et la sécurité alimentaire des populations vulnérables, notamment les femmes et les enfants déplacés.
Les activités incluent:
la prise en charge nutritionnelle,
la sensibilisation aux bonnes pratiques alimentaires,
le renforcement des capacités des ménages en transformation et conservation des aliments.
2. Promouvoir la paix et la cohésion sociale – Initiative de Paix au Sahel (SPI)
Avec le projet SPI, la CADEV s’attaque aux causes profondes des déplacements en travaillant sur:
le dialogue intercommunautaire,
la prévention des conflits,
la cohésion sociale entre déplacés et communautés d’accueil.
Cette approche est essentielle pour éviter les tensions liées à la pression sur les ressources.
3. Renforcer la résilience économique – Projets Dewral et FABA
Les projets Dewral et FABA visent à offrir des alternatives économiques aux populations déplacées et aux jeunes à risque de migration.
Ils permettent:
le développement d’activités génératrices de revenus,
l’accompagnement à l’entrepreneuriat,
la formation aux techniques de production et de transformation.
Ces actions contribuent à réduire la dépendance à l’aide humanitaire et à limiter les départs migratoires forcés.
4. Soutenir les moyens d’existence et l’autonomisation – Projet EA25
Le projet EA25 notamment à Téra dans la zone dite des trois frontières. Un appel d’urgence lancé en commun avec le Mali et le Burkina Faso qui vise à renforcer l’autonomie des populations affectées à travers:
l’appui aux moyens de subsistance,
le renforcement des capacités communautaires,
la promotion de l’inclusion des femmes et des jeunes.
La particularité de la CADEV: une approche humaine, locale et durable
Ce qui distingue la CADEV, c’est:
sa proximité avec les communautés, grâce à son ancrage local et paroissial,
sa capacité à lier urgence humanitaire et développement,
son engagement dans la construction de la paix et du vivre-ensemble,
son approche centrée sur la dignité humaine et l’autonomisation durable.
La CADEV ne se limite pas à assister les populations déplacées: elle les accompagne vers la reconstruction de leur vie.
Les déplacements internes au Niger ne sont pas un phénomène isolé, mais bien un maillon central des dynamiques migratoires. Ignorer ce lien reviendrait à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes profondes.
À travers ses projets et son engagement, la CADEV démontre qu’il est possible d’apporter des réponses concrètes et durables, en agissant simultanément sur les besoins humanitaires, la résilience économique et la cohésion sociale.
Investir dans des approches intégrées comme celle de la CADEV Niger, c’est contribuer à réduire les déplacements forcés et à offrir aux populations des alternatives crédibles à la migration.
Cet article a été préparé par Abraham Komi Djagnikpo, Responsable National de Communication pour Caritas Développement Niger (CADEV).