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Gérer les dynamiques migratoires à Gao : les défis d'intervenir dans un contexte complexe.

23 février 2025
Actualités


Caritas Mali

Dans un contexte de migration croissante en Afrique de l’Ouest, la ville de Gao est un point de transit majeur pour des milliers de personnes en quête d’un avenir meilleur. Malheureusement, cette mobilité s’accompagne de nombreux défis : trafic illicite d’êtres humains, exploitation par des réseaux criminels, et absence de prise en charge suffisante et efficace pour les personnes en situation de vulnérabilité. La Maison du Migrant de Gao se retrouve en première ligne face à ces réalités complexes. Chaque jour, ses travailleurs sociaux sont confrontés à des situations d’urgence, où des hommes, des femmes et des enfants, victimes de passeurs, arrivent dans des conditions précaires après des parcours migratoires dangereux.
Dans cet article, nous revenons sur le cas récent d'un groupe de Libériens abandonnés en pleine route migratoire, illustrant les défis liés au trafic d'êtres humains et à la nécessité d'une réponse coordonnée. Face aux difficultés rencontrées par les autorités locales et à la lenteur des processus de prise en charge, quelles solutions peuvent être envisagées pour protéger la vie et la dignité des personnes en situation de mobilité


En Décembre dernier, un groupe de 70 Libériens, dont 33 enfants, 23 femmes et 14 jeunes hommes, était abandonné à la frontière entre le Mali et l’Algérie par un passeur. Ce dernier leur avait extorqué 3.500 dollars en leur promettant un passage sécurisé vers l’Europe. Le groupe, parti du Libéria trois mois auparavant, est passé par la Guinée Conakry, Bamako et Gao avant d’être laissé sans assistance au milieu du désert. Face à leur détresse, ils ont décidé de retourner à Gao, où la Maison du Migrant les a pris en charge.

Face à cette situation humanitaire d’ampleur, les équipes de la Maison du Migrant ont sollicité l’aide du Commissariat de police de la localité et du Cluster Protection* afin de faciliter la prise en charge du groupe, mais aucune action coordonnée n’a pu être mise en place. Les agents de la Maison du Migrant ont donc dû étudier les possibilités de renvoi de ces personnes vers Bamako.
La lenteur dans la coordination d'actions rapide entre différentes entités démontre les insuffisances de la collaboration interinstitutionnelle dans la gestion des situations d'urgence liées à la migration dans la région de Gao.
La problématique du trafic et de la marchandisation des migrants, face à laquelle les organisations peinent à réagir efficacement, constitue une 

Accueil du groupe d’enfants en situation de Mobilité 

préoccupation majeure nécessitant une réponse rapide. Cette situation impacte de manière significative le personnel de la Maison du Migrant, accentuant leur charge de travail déjà conséquente, en particulier pendant la période de fin d'année, où les flux migratoires peuvent être plus intenses.

Le trafic et la marchandisation des migrants en Afrique de l’Ouest représentent une menace croissante, alimentée par des réseaux criminels exploitant la vulnérabilité des candidats à l’exil. Les témoignages recueillis montrent que les passeurs manipulent les personnes en déplacement en leur faisant miroiter des opportunités de travail et d’éducation, avant de les abandonner dans des zones dangereuses comme le désert du Sahara. Cette réalité met en péril la sécurité et la dignité des personnes déplacées, qui se retrouvent sans ressources ni protection.

Face à cette crise humanitaire, il est impératif d’adopter des mesures concrètes pour limiter ces pratiques. Une sensibilisation accrue auprès des populations à            

risque pourrait les amener à être conscientes des dangers encourus et par ces informations, sauraient probablement mieux se protéger. Par ailleurs, le renforcement des dispositifs d’assistance et d’insertion dans les pays d’origine est crucial pour offrir des alternatives viables au départ.

À la Maison du Migrant de Gao, des débats ont été organisés entre personnes en situation de mobilité et anciens déplacés et citoyens maliens pour discuter des raisons des départs et des solutions possibles. Ces échanges ont mis en évidence des divergences de perception entre ceux qui valorisent les opportunités locales et ceux qui dénoncent l’absence de perspectives économiques dans leur pays d’origine. La question de la migration est ainsi un enjeu social et politique majeur, nécessitant des actions concertées pour garantir des conditions de vie dignes aux populations vulnérables.

En conclusion, la crise migratoire à Gao met en lumière les limites des politiques de gestion des flux migratoires en Afrique de l’Ouest. Il est urgent d’agir pour mieux protéger les personnes en mobilité et lutter contre les réseaux de passeurs qui exploitent leur détresse. Une réponse coordonnée et engagée entre les États, les organisations humanitaires et les communautés locales est indispensable pour prévenir de telles situations à l’avenir.

Isaac Isamël PANGOUP , Responsable administratif et financier de la Maison du Migrant-Caritas Mopti, Mali.


* Le  Cluster Protection a pour vocation d'assurer la coordination des interventions de protection dans les situations d'urgence et répondre aux besoins de protection des personnes affectées par les conflits et les catastrophes. Il est coordonné par le HCR.